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Leonard Willems

aan

Multatuli

 

Volledige Werken. Deel 10. Brieven en dokumenten uit de jaren 1858-1862 (1960)

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Bijlage

Fragment van een brief van Leonard Willems aan Julius Pée, 21 december 1936, betreffende Dekkers werk bij de ‘Indépendance Belge’, van welk blad Charles Tardieu, een oom van de heer Willems, sedert 1865 redacteur was. Het gesprek met Tardieu, hieronder vermeld, wordt door Willems gedateerd omstreeks 1877-1879. (De Vlaamsche Gids, februari 1937).

Ik geef het in het Fransch, daar ik natuurlijk altijd met hem Fransch sprak.

- Mon oncle, le professeur nous a parlé aujourd'hui d'un littérateur hollandais, Multatuli, et nous a dit qu'il avait collaboré à l'Indépendance. Que faisait-il au journal?

- Multatuli? Jamais entendu parler! Ça doit être une erreur.

- Multatuli était son nom de plume. Il s'appelait Douwes Dekker.

- Ah, effectivement! Nous avons eu ici pendant quelque temps un hollandais, monsieur Dekkere. C'est peut-être de lui qu'il s'agit. Moi, je ne l'ai jamais connu... c'était avant mon temps... Est-ce que ce hollandais s'est acquis quelque notoriété comme littérateur en Hollande? Je l'ignorais... C'est bon à savoir.

- Le maître nous a parlé de lui à l'école. Mais que faisait-il dans le journal?

- D'après ce qu'on m'a dit, ce Dekkère s'est présenté un jour au journal, pour voir s'il n'y avait pas ici de la besogne pour lui. Il venait de je ne sais où. Il prétendait connaître un grand nombre de langues. Si ma mémoire est fidèle, il prétendait même connaître le javanais. Avec sa connaissance de langues il pourrait au besoin être utile au journal. La rédaction de l'Indépendance, composée en majeure partie de Français, qui ne connaissaient guère les langues étrangères, s'est dit que ce hollandais pourrait prendre sur lui ce que l'on appelle la revue de la presse étrangère et qu'il pourrait résumer ce que disaient le Times, l'Augsburger Zeitung et autres journaux allemands et étrangers qui arrivaient au journal. On l'a pris à l'essai. Ici au journal on lui avait donné le surnom de hollandais qui connaît toutes les langues. Et quand arrivait au journal un pamphlet politique dans une langue que l'on ne connaissait pas, on disait: ‘Il faut donner cela au hollandais qui connaît toutes les langues.’ Ici au journal on n'a jamais su combien il connaissait exactement de langues, mais il en connaissait beaucoup. D'ordinaire il ne travaillait pas dans la salle commune de la rédaction. Il venait le matin chercher les journaux et avec son gros paquet de journaux étrangers sous le bras il allait travailler chez lui. Je suppose qu'il avait chez lui des dictionnaires pour le tirer d'affaire quand il y avait un mot qu'il ne comprenait pas. Il n'avait pas le droit, comme les autres rédacteurs, de porter directement sa copie à l'imprimerie. Son français n'était pas toujours très correct. Il devait apporter sa copie à des reviseurs qui remettaient son français sur pattes. Ici au journal il n'a pas laissé de très bons souvenirs.

- Non? Pourquoi cela?

- Ce Dekkère était ce qu'on appelle ‘un indiscipliné’. Dans sa revue de la presse étrangère il discutait avec les journaux. Quand un journal avait écrit quelque chose qui ne lui plaisait pas, il ajoutait: ‘cette thèse est absurde,’ ou bien: ‘ce raisonnement ne tient pas debout...’ On lui a dit qu'on le dispensait de donner son avis sur ce qu'écrivaient les journaux étrangers, que dans sa revue il avait simplement à exposer succinctement ce que le journal disait. Les reviseurs se sont plaints de lui parce qu'ils devaient tailler dans son texte, et qu'il en faisait toujours à sa tête... Il n'est pas resté longtemps ici. Je ne sais pas dans quelles circonstances il est parti.